mardi 15 décembre 2015

Joueurs

    "Une tache de lumière éclaire un bord de la fenêtre. Quelques minutes et quelques centimètres plus tard, le soleil inonde la pièce. L'air est envahi de particules très denses. D'infimes grains de poussières tourbillonnent, une série de tempêtes énergétiques. L'angle de la lumière est direct et sévère, nous donnant l'impression que les gens sur le lit sont dans un cadre particulier, leur forme intrinsèque étant perceptible en dehors de tout le collage animal de propriétés et des fonction physiques. Cela nous absout heureusement de nos connaissances secrètes. La pièce entière, le motel, est offert à ce moment de purification lumineuse. Les espaces et ce qu'ils contiennent n'expliquent plus, ni ne signifient, ni ne représentent, ni ne servent d'exemple.
    La figure accoudée, par exemple, se reconnaît à peine pour celle d'un mâle. Se dépouillant de ses compétences et ses traits caractéristiques en quelques secondes, il peut encore être décrit (mais vite) comme bien formé, doté de plusieurs sens, clair de poil et de peau. Nous ne savons rien d'autre sur lui."


Don DeLillo, Joueurs,  trad. de l'américain par Marianne Véron,  Actes Sud, "Babel",  2002 (1993).