lundi 27 octobre 2014

Eco-rhétorique ou de la péremption des images

L'image condamne-t-elle le texte ? 

Au moment du passage de la critique de la Terreur, qui traque les clichés – c'est-à-dire "des expressions plus verbales que d'autres, des mots plus langagiers" – à l'élaboration d'une "rhétorique commune", réellement préventive, et non plus grosse de convention et d'ennui, Paulhan propose cette image : 

"Comment se retenir, ici encore, d'imaginer une technique, plus efficace que la Terreur, et qui fasse obstacle dans l'écrivain à cette hantise du langage ? Il est une façon de résister aux moustiques qui consiste à s'envoyer de grandes claques sitôt que l'on se sent piqué. Outre qu'elle est tardive et grossière, on voit bien l'inconvénient de cette méthode : c'est qu'elle agit à sa façon (avec plus de violence) comme le moustique. Mais il est une défense subtile et prévoyante, qui répand du pétrole sur les mares. Dans la défense que nous menons ici contre une illusion, plus dangereuse à l'esprit que ne le sont au corps la piqûre et la fièvre, peut-être serait-il temps de passer du système de la gifle au système du pétrole."

Jean Paulhan, Les Fleurs de Tarbes (1941), Oeuvres Complètes, Gallimard, III, 9. "D'une Terreur accomplie", p. 185.