mercredi 12 février 2014

L'autonomie du concept de croyance et la fondation de l'anthropologie


« Ce qui, dans le scepticisme, fonde l’anthropologie, c’est donc l’affirmation selon laquelle l’esprit de l’homme est régi par les lois de l’instinct animal. Or c’est la critique de la religion, tant naturelle que positive, qui conduit Montaigne ou Hume à l’instinctivisme. Plus précisément, l’attribut de la toute puissance divine produit de si graves perturbations dans le concept de raison qu’il n’est plus en mesure de porter la définition de l’homme (…). Ce que nous appelons raison n’est que fantaisie, et c’est pourquoi la croyance constitue seule l’élément dans lequel l’homme évolue. Avec Montaigne, la croyance devient irréductible aussi bien à l’opinion qu’à la foi et au savoir. Ainsi donc la critique de la théologie destitue la raison au profit de la croyance, ce qui revient à faire de l’homme un être qu’aucune instance absolue, susceptible d’être appréhendée rationnellement, n’ouvre à la transcendance ».

Frédéric Brahami, Le travail du scepticisme, PUF, Paris, 2001, p. 11.